petits périples

Hélène Raymond


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2016 en images

Que 2017 vous comble. De toutes les manières.

Pour marquer le passage, quelques photos, parmi les milliers prises tout au long de l’année qui s’achève. Le pain, le jardin, les découvertes y sont omniprésents. Pour mes lecteurs à l’étranger, les images reflètent, en partie, les quatre saisons du Québec. Cet hiver de neige qui nous fait chauffer fours et fournaises; ce printemps explosif qui fait couler les érables à sucre pour produire notre sirop  national et qui marque le redémarrage du travail dans les potagers et les champs. L’été, lui, pousse les températures à d’autres extrêmes pour nous donner ces légumes qui raffolent de la chaleur: tomates, poivrons, aubergines, pour ne nommer que ceux-là.  L’automne se colore de teintes de rouge et d’orangé,  dans le feuillage comme dans les champs de citrouille et de fleurs de tournesol.

Janvier

Un instantané de quelques grains, avant de commencer une panification. Faire du pain libère l’esprit,  rythme la vie de la maison, éveille l’odorat, stimule le regard. Le pétrir est sensuel et au sortir du four, il chante! Reste à se régaler…

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img_1526Février

Un citron Meyer. Facile à cultiver, amusant surtout. En plein hiver, ce sont autant de petits soleils accrochés au plant de mon bureau. C’est aussi le temps de la marmelade.

 

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Mars

Les fêtes des semences sont commencées et avec elles, le retour du jardinage, des récoltes et de la transformation des légumes…

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Avril

Une bière sur la terrasse de la microbrasserie Tête d’allumette à Saint-André-de-Kamouraska. Au loin, la neige, le Saint-Laurent et ce soleil qui gagne de la force.

img_2825 Mai

Le «dépaillage» des plants de fraises, chez Demers, à Saint-Nicolas près de Québec. Le printemps s’est pointé.

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Juin

Dès les premiers jours du mois, le croquant des salades. Avec celles de la fin de l’été, ce sont les meilleures… nous tentons de récolter de plus en plus tôt.

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Juillet

Le bol de petits fruits cueillis le matin et quelques cerises Montmorency qui, dénoyautées une à une et plongées dans un sirop léger vont faire rougir l’hiver. img_5020

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Août

Tous les prétextes sont bons pour un pique-nique. Ici, au sommet du Mont Cadillac, dans l’état du Maine. Sur l’image, des tomates de variétés anciennes achetées dans un marché fermier local, le sel des Pèlerins (du Kamouraska) et la salsa de la Mine de Ketchup, un projet d’économie sociale de Saint-Antoine-de-Padoue, en Gaspésie.

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img_4776 Septembre

Chaque matin (ou presque), une courte visite au potager  permet de remplir le panier. Nous cultivons, sur  une petite surface, la plus grande variété possible.

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Octobre

Une montagne de champignons à déshydrater. Un cadeau! On dirait de la dentelle…

img_6682Novembre

Giardiniera (légumes croquants à l’italienne), avec les derniers légumes de l’automne trouvés au marché et quelques poivrons d’une serre des environs. Recette puisée dans le livre Preserving Italy de Domenica Marchetti. Une des belles parutions de 2016.

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Décembre

Nos piments ont séché tout l’automne jusqu’à devenir craquants et assez fins pour laisser passer la lumière. Broyés, je les mêle au sel de Maldon. Le jardin se prolonge dans plusieurs plats, toute l’année.

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Et ça repart bientôt…avec les pique-niques d’hiver, le cycle des conserves, les projets, les plans, les plants, le quotidien coloré et assaisonné par la nature environnante. Bonne année 2017!


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Les caveaux de la côte

Il me semble que ce billet s’inscrit dans la foulée du livre de Jean-Pierre Hardy (Creuse la terre, creuse le temps) et de l’article de blogue précédent. On est cette fois au XIXe siècle. Près de Québec, sur l’étroite bande de terre arable où, deux siècles plus tôt, s’établissaient des familles pionnières pour cultiver la terre. Familles «essoucheuses», bataillant fort pour la survie. Comme il fallait prévoir les provisions d’hiver, on a imaginé ces caveaux à légumes dont certains sont encore bien visibles. Les portes font face au sud, la terre et la végétation qui couvrent les toits créent l’isolant, si bien que la récolte et quelques provisions étaient protégées du gel.

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Dimanche, j’ai roulé de Québec à Beaupré, à vélo. Les soleil tapait fort et sa lumière blanchissait les couleurs. Au retour, dans la chaleur de ce jour de septembre qui jouait à juillet, j’ai croisé une dame qui traversait la route pour aller chercher son mari, fort affairé dans la grange. C’était l’heure du dîner. Sur la côte, dans les villages de L’Ange-Gardien et Château-Richer, le Chemin du Roy oblige les aller-retours entre la maison et les bâtiments.

 

Elle m’a permis de visiter son caveau.  Expliqué que la table servait à l’entreposage des navets. Trop sensibles, l’humidité du sol les fait pourrir rapidement. Et puis, elle a ajouté cette leçon d’aménagement du territoire: « Nous continuons d’entretenir la terre, de faucher la prairie. Si on laisse aller, la forêt va gagner la partie. Nos ancêtres ont trop travaillé pour qu’on abandonne ». Une réflexion qui s’applique partout. Le paysage fait aussi partie de notre patrimoine. Comme ces bâtiments discrets que sont les caveaux.

 

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Creuse la terre…

IMG_4752Jardins et jardiniers laurentiens 1660-1800

Creuse la terre, creuse le temps

Un ami a déposé ce livre, discrètement, avant de quitter la maison à la fin d’une soirée. J’avais vu passer l’ouvrage de Jean-Pierre Hardy au travail sans prendre le temps de le regarder. Ce printemps 2016 était bien chargé, il faut le reconnaître.

Je l’ai glissé dans mes bagages en partant en vacances. Sans trop savoir si c’est le roman d’Eleanor Catton, Les Luminaires (Alto) allait l’emporter. J’ai lu les deux; rapidement terminé Jardins et jardiniers laurentiens alors que l’intrigue néo-zélandaise m’occupe encore. Deux genres. Deux mondes. J’en conviens.

Qui est Jean-Pierre Hardy? Historien et chercheur associé au Musée canadien de l’histoire, qui a fait preuve de patience et de sagesse en amassant des données qui allaient permettre de documenter la place du jardin domestique dans la vallée du Saint-Laurent. En particulier les jardins urbains de Québec et Montréal pour lesquels il disposait de «sources» fiables (registres, cartes etc.). Un homme qui, en avant-propos, explique qu’il envisageait la retraite «avec un brin d’inquiétude» en reconnaissant que cette partie de notre histoire avait peu retenu l’attention. Un auteur qui mentionne que l’héritage familial a probablement à voir avec cet intérêt, son père ayant entretenu un potager jusqu’à l’âge plus que vénérable de 95 ans. Ce qui nous procure une lecture éclairée et éclairante au plan des connaissances historiques autant que maraîchères. Un auteur qui sait ce que représente se mettre les mains dans la terre!

«Dans toute la colonie et à plus forte raison dans un pays où la végétation se repose une bonne moitié de l’année, l’alimentation est une préoccupation constante. L’apport d’un potager devient donc une nécessité chez bon nombre de citadins et chez presque tous les habitants.»

IMG_4784Si le potager est une nécessité, un passage obligé pour assurer sa survie et celle de sa famille, il n’est pas si simple de se faire jardinier; vous le savez si vous avez tenté l’expérience. Plus difficile encore d’y arriver quand il n’y a ni marché fermier, ni fournisseur à proximité pour vous approvisionner quand la récolte devient catastrophe. On n’a pas de mal à imaginer les disettes. Et pour qu’on saisisse bien ce qu’il faut de compétences, Hardy a la sagesse de remonter en Europe pour s’intéresser à la formation. Là où les maraîchers londoniens sont incorporés dès le XVIIe siècle et les jardiniers des monastères cumulent les tâches. Il nous apprend que ce n’est qu’à la moitié du XVIIIe siècle que les jardiniers professionnels Parisiens vont s’incorporer.

Mais, en parallèle, l’intérêt pour les espèces légumières et fruitières grandit; les naturalistes font voyager «nos» espèces indigènes pour les acclimater et les cultiver dans les jardins royaux. Dans cette logique d’aller-retours, une partie de ce savoir voyagera jusqu’ici alors que bon nombre de plantes, de graines seront chargées à bord des bateaux pour nourrir la curiosité scientifique et la gourmandise des bourgeois.

Jardins du gouverneur, de l’intendant, des communautés religieuses vont façonner le paysage de la ville de Québec. Idem à Montréal où s’ajoutent les potagers des particuliers (les habitants de Québec cultivent et s’approvisionnent hors les murs). Le jardin est lieu de production de plantes ornementales, médicinales, d’aliments et sert au recueillement. Chez les hospitalières, il nourrit les malades.

Je fais ici une parenthèse pour souligner le fait que quelques-uns de ces potagers ont survécu au temps, jusqu’à ce que l’urbanisation, des changements au zonage n’aient raison de l’histoire comme à Québec avec la ferme SMA. J’allonge la parenthèse pour préciser que quelques communautés soutiennent toujours des projets agricoles. Je pense en particulier à la communauté des sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil qui appuie un projet d’économie sociale : les fermes Solidar, dans le rang Saint-Joseph à Chicoutimi. http://www.lesfermessolidar.com/

Jean-Pierre Hardy remonte le temps; reproduit des tableaux qui illustrent les revenus des ventes et facilite la compréhension de tout ce travail investi pour l’aménagement et l’entretien des potagers. Plus que tout, sa démonstration prouve, hors de tout doute, qu’on consommait plus de légumes et de fruits que ce qu’on le croit généralement; que la diversité était présente et que si les saisons ont permis d’écarter des espèces gourmandes de chaleurs, les légumes qui profitent bien lors des journées fraîches ont prospéré. Choux, ois de toutes sortes, fèves, maïs, , céleri, salade, ail, oignon, poireau…toutes ces herbes à consommer fraîches et à saler…la liste est longue.

Son travail démontre que ce climat que plusieurs s’empressent de qualifier de nordique avant d’enchaîner au sujet de ses limites quasi infranchissables a ses avantages et qu’il offre aux audacieux des défis et délices. En tout cas à qui sait creuser la terre pour y semer quelques graines de possible.

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Un carré d’asperges, obtenu par contrat, permettait au jardinier de tirer un revenu supplémentaire.

Jardins et jardiniers laurentiens 1660-1800 Creuse la terre, creuse le temps.

Jean-Pierre Hardy, Éditions du Septentrion.

http://www.septentrion.qc.ca/

 

 


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Icebergs et potagers

DSCN1854 (glace)

Bonavista, c’est une péninsule terre-neuvienne. Une des multiples côtes hachurées, découpées qui, si on les déroulait sur un fil, totaliseraient 29 000 kilomètres. Terre-Neuve, ce sont des caps, des anses, des baies, des paysages magnifiques.  C’est aussi la roche dure, les krummholz, ces arbres  fouettés par le vent jusqu’à ne plus  jamais se redresser et, de temps à autre, surprise!  un potager.     IMG_4181  IMG_4251

Pour récolter un peu de verdure par là-bas, il  faut faire preuve d’une infinie patience. D’abord  pour «faire de la terre», pour  avoir suffisamment de compost et enfin, il faut espérer l’été qui vient plus tard qu’ailleurs. Début juillet, sauf exception, on voit davantage les étiquettes identifiant les rangs que les plantes!  Il n’y a pas que la mer qui ait nourri Terre-Neuve. Les familles de pêcheurs cultivaient leurs légumes, parce qu’il fallait se nourrir mais aussi parce que la terre fournissait une bonne dose d’autonomie, face à la voracité des marchands de poisson.

Les anciens récoltaient racines, choux et pommes de terre. Ce que plusieurs font encore. Mais  les jardiniers plus audacieux (ou plus gourmands) ont largement étendu les cultures aux salades, épinards, crucifères (comme les moutardes). Et les plus chanceux mettent à l’abri, dans une serre, tomates, concombres, poivrons; tous ces légumes qui préfèrent la chaleur. Lire la suite


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Joyeuses Pâques!

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Tiens, quelques photos qui annoncent le printemps. Ces tulipes n’ont pas fleuri ici…En fait, elles ont probablement la même allure qu’au moment où je les ai vues, il y a une dizaine de jours à Keukenhof, ce grand jardin néerlandais situé près de l’aéroport de Schipol. Dans les parterres manucurés, les crocus, quelques narcisses, des variétés hâtives de tulipes à la tige très courte, des muscari. L’explosion de tulipes se trouvait à l’intérieur, à l’abri des nuits trop froides. Les Néerlandais ont eu  froid eux aussi cet hiver.

 

 

DSCN8074Et la poulette, plus loin dans le jardin? Bien repliée sur elle-même, sans doute pour trouver un peu de chaleur.

 

 

 

 

 

DSCN8311Et ça, c’était ce matin…8 poules rousses dans un petit poulailler des Laurentides. Bien rondes, même après l’hiver que nous venons de traverser. Calmes, curieuses, fournissant à leurs propriétaires 8 œufs par jour. Leur offrant surtout le plaisir de passer, du matin au soir, pour les récupérer dans la paille.

 


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Des courgettes aux courges et citrouilles

DSCN0637L’été a été formidable pour les courgettes. Assez généreux pour en manger à plein. Même les fleurs ont été au menu à quelques reprises. Je les adore et j’envie les Italiens qui les trouvent au supermarché! Ou les Vermontois qui en trouvent «à la caisse», au marché de Burlington. Mais bon, si vos plants produisent bien, il suffit de cueillir les fleurs mâles; celles qui poussent au bout de la tige longue, de les farcir et de les cuire doucement. Un peu poivrée, une texture inusitée et ce jaune! Du soleil dans l’assiette.

Les salades de courgettes en ruban sont réapparues sur la table et reviendront encore. On n’a qu’à les trancher finement à la mandoline, dans le sens de la longueur et alors, la chair absorbe la marinade et donne des plats exquis. Lire la suite