petits périples

Hélène Raymond

Natashquan, pour goûter le Nord

2 commentaires

IMG_6811 (003)« Le plaisir, c’est le terrain. Quand on cueille, on est heureux! » En pleine éclosion de moustiques, la déclaration prend encore plus d’importance. Annick Latreille veut dire que leur voracité s’oublie, au profit du bonheur de toucher feuilles et fruits. Ses yeux éclairent la cuisine de transformation de l’unique épicerie du village quand elle me parle de cueillette, alors que je porte encore les marques d’une attaque en règle vécue la veille. Pendant ce temps, dans deux grands chaudrons, la décoction de sapin mijote doucement, en prévision du prochain temps des fêtes. On oublie brûlots et maringouins pour rêver à la saveur du résineux, mêlée à celle du gin.

En créant De baies et de sève, il y a un peu plus de cinq ans, elle a choisi de s’arrêter presqu’au bout de la 138. Venue rencontrer des enseignants pour animer des ateliers pour jeunes lecteurs, elle a eu un coup de foudre pour Natashquan. Un coup si marquant qu’il a été suivi de quelques années d’errance entre Montréal et la Côte. Puis, le coup de foudre s’est transformé en belle histoire d’amour et elle a abandonné la métropole pour la frontière entre les Moyenne et Basse Côte-Nord.  La cueillette s’est transformée en passion; transformation et distribution complètent le travail. IMG_6781

Pesto des berges, thé de la Minganie, gelées de sapin et d’épinette, beurre d’églantier et toute une gamme de produits corporels, dont plusieurs contiennent des algues locales, composent son catalogue. Dans ses pots : les saveurs de la grève, de la toundra et de la forêt qui les sépare. Sous son regard, d’immenses étendues libres et une diversité de milieux et de plantes. La grandeur du territoire, l’éthique de cueillette assurent la protection des espèces.

Les produits d’Annick sont offerts un peu partout au village. Et ils prennent la route jusqu’au Saguenay, là où s’arrête son aire de distribution. S’ajoutent deux points de chute montréalais : la boutique du Jardin botanique et le kiosque des Jardins sauvages de François Brouillard au Marché Jean-Talon. L’achat par internet? Encore trop rare, me dit-elle. Les coûts de transport demeurent un frein au développement de toutes ces entreprises régionales. Et les kilomètres qui séparent Sept-Îles de Natashquan font exploser les tarifs.

Crabe, crevette, lièvre

Sébastien L’Écuyer officie, pour une autre année, dans la cuisine du Café de l’Échouerie. Un incontournable de Natashquan. Le menu ravit, la carte des vins et des bières de microbrasserie se démarque par sa qualité. On a la délicatesse d’offrir des boissons sans alcool, souvent élaborées à partir des ressources du milieu. Le potage de chou-fleur était absolument exquis; pris en sandwich, le crabe était mis en valeur grâce au pain brioché cuit à Havre-Saint-Pierre. Dans l’assiette, trônent les légumes du Grenier boréal de Longue-Pointe-de-Mingan.

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Il sert une casserole de lièvre inspirée d’une recette de famille. Au Québec, il s’agit de l’unique animal sauvage terrestre à pouvoir se retrouver dans l’assiette. Mais il voyage autant, sinon plus que la viande d’élevage. Même s’il est trappé aux environs, il prend la route de la Beauce où le seul distributeur québécois le réachemine à ses clients restaurateurs et bouchers. Ces chefs du bout du monde sont des héros de résistance et de détermination. Le jour où on l’aura compris en faisant preuve de souplesse quant aux règles d’approvisionnement, on ne fera pas que leur donner un coup de pouce, toutes les régions dites « éloignées » en profiteront. Manger la Minganie, en Minganie, l’Abitibi en Abitibi, quelle belle façon de se distinguer et d’attirer par la différence!

Dans le même esprit, pour ce chef, obtenir du poisson est un autre défi d’approvisionnement. Pourtant, à quelques encâblures, on décharge crabe, pétoncles, flétan, turbot et combien d’autres espèces. La première poissonnerie se situe à Havre-Saint-Pierre, à 155 kilomètres à l’Ouest.

La Mouche

Gabriel Turner monte loin vers l’ouest pour brasser sa bière. Il part de Natashquan pour aller à Baie-Comeau, dans les installations de Saint-Pancrace, la microbrasserie locale. Sa bière sûre désaltère. C’est la seule, de sa courte gamme de trois brassins, que je réussirai à goûter et rapporter. Chez ses distributeurs les frigos sont vides, le long de la route du retour. Mais, ils seront bientôt réapprovisionnés.

L’étiquette rend hommage à cette activité discrète qui se déroule tout l’été dans ces pourvoiries arrimées aux rivières mythiques de la Côte où des pêcheurs de saumon fixent des mouches colorées pour piquer les grands poissons.

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Dans quelques mois, quand Sébastien aura quitté les cuisines du Café bistro l’Échouerie après cette trop courte saison touristique (elle débute en juillet et se termine dans les dernières semaines d’août), qu’Annick sera affairée à transformer le contenu des paniers qu’elle remplira tout au long de l’été, Gabriel ouvrira les portes de la première microbrasserie de Natashquan. Et démontrera, avec ses deux complices, qu’il vaut la peine de rouler aussi loin pour découvrir ces nord-côtiers de souche et d’adoption qui font la différence.

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2 avis sur « Natashquan, pour goûter le Nord »

  1. Merci Hélène pour ce généreux texte! J’adore la finale 😉

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  2. Très intéressant Hélène merci de partager ces découvertes

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