petits périples

Hélène Raymond

Acquerello, une histoire de rizière « à la Slow Food »

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Turin, c’est la capitale du Piémont italien; cette zone au pied des montagnes qui annonce les montées, les villages accrochés, les vignobles en terrasse. C’est le Pô, l’eau des Alpes et ce sont d’étonnantes productions agricoles.

Il y a deux ans, Nella m’avait proposé une visite de rizière. Chez un producteur dont la réputation n’est plus à faire. Acquerello vend son riz  aux quatre coins du monde. Jusque chez nous. Dans les épiceries fines et les meilleurs restaurants. C’est le carnaroli des grands rizottos. Un grain qui absorbe petit à petit le liquide dans lequel il cuit, sans jamais fondre tout à fait.

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Grâce à elle, j’ai passé une journée à Livorno Ferraris, près de Vercelli. Sous un soleil de plomb. Une journée marquée par la découverte et l’émotion.

Dans l’histoire du domaine Tenuta Colombara se glissent l’ingéniosité humaine, les luttes des ouvriers agricoles, des ouvrières en particulier. Ces « mondine » qui repiquaient, cueillaient, entretenaient les plantations. Courbées sur les plants, dans l’eau jusqu’aux cuisses, du lever au coucher du soleil. Travailleuses saisonnières d’avant la mécanisation, migrant par centaines pour combler les besoins de main d’oeuvre.

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On a conservé un bâtiment qui abritait un de leurs dortoirs. La ferme d’origine est devenue musée, la grande étable où on ramenait les animaux de trait a été écurée et sert aux belles occasions, ces appartements familiaux où on vivait de la naissance à la mort, quand on était artisan ou employé « à l’année » racontent la vie des familles. On dirait que la salle de classe espère ses élèves. Dans la cour intérieure, on imagine facilement les bruits du quotidien…imprégnés dans les murs et les pavés.

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Les « mondine » vivaient en retrait de l’activité. Elles allaient et venaient, de ferme en ferme,  au fil de la récolte pour gagner un peu d’argent. Mères et filles, cousines, voisines de village; « expatriées » saisonnières. Trop souvent victimes d’un employeur ou de son gérant exerçant un droit de cuissage. On raconte qu’on les enfermait dans le bâtiment qui leur était réservé la nuit venue, pour éviter les fugues.

Au début de leurs révoltes, privées de parole pendant les heures de travail, elles ont commencé à chanter pour se raconter. Ces chants vivent encore aujourd’hui. Il y a dix ans, à Terra Madre, la grande rencontre des gens de la Terre regroupés par Slow Food, leurs voix ont envahi la salle lors de l’inauguration officielle de l’événement. Des voix marquées par l’âge et la vie ont repris,  a capella, ces airs des rizières. On dit d’ailleurs que Bella Ciao vient d’elles et que les paroles ont été changées lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour demeurer un chant de résistance.

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Quand notre guide a ouvert la porte de leur dortoir,  nous nous sommes tus. Sur leurs petits lits: des robes. Aux murs: des miroirs, des images pieuses, des vêtements tendus sur des cordes, comme si elles allaient rentrer se changer. Sur les meubles d’appoint: des objets de toilette et ces romans-photos qui les faisaient rêver d’amour. Lui, le guide, avait choisi de devenir le conservateur de ce musée unique en parlant d’elles et de cette époque avec mesure et délicatesse. Il avait passé son enfance à la ferme.

Et dehors, ces parcelles où pousse toujours le riz. Séparées les unes des autres par un système d’irrigation qui canalise l’eau de la montagne pour la faire circuler d’une propriété à l’autre. Depuis des siècles, sur quelques centaines de kilomètres on ouvre et ferme les vannes au besoin. On dit de la culture du riz, dans la plaine du Pô, qu’elle remonte au XVe siècle.

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Et si la famille Rondolino a revu la production de fond en comble et compris les règles contemporaines de la mise en marché, jusqu’à devenir cette entreprise mondialement reconnue, son engagement envers la valorisation du patrimoine ajoute à la qualité du riz et prouve, encore une fois, que les « grands aliments » sont beaucoup plus que leur simple saveur. Ils sont aussi savoir-faire et histoire. Encore plus chez les producteurs qui savent les raconter avec autant de finesse.

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À visiter: Acquerello, le Domaine Tenuta Colombara

 

 

 

Un avis sur « Acquerello, une histoire de rizière « à la Slow Food » »

  1. J’ai déjà eu le privilège de goûter à ce riz qui, si je me souviens bien, a la particularité d’être vieilli. Merci de m’en faire connaître l’histoire. Tu l’as si finement raconté à ton tour. C’est toujours un bonheur de te lire.

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