petits périples

Hélène Raymond


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L’exotisme malgache à Sainte-Anne-des-Monts

  • img_6397Au bout de la rue, on entend la mer qui pousse doucement les vagues vers la grève. Les odeurs sont figées dans le froid hivernal. Lara Miarantsoa ouvre sa porte. La maison sent bon les épices et le riz parfumé. Son sourire me réchauffe; on est à l’aise, instantanément.

Lara et sa famille sont arrivés au Québec en 1998. Ils ont vécu à Charlesbourg, près de Québec,  avant de s’établir en Haute Gaspésie où son mari poursuit  son travail de biologiste. Un jour, elle s’est demandé ce qu’elle pouvait faire pour aider sa famille à Madagascar. C’est alors qu’elle a pensé miser sur ces produits qui n’existent nulle part ailleurs. Un poivre sauvage, un poivre rose aux parfums fruités, des clous de girofle à l’odeur hyper concentrée. D’autres épices.

img_7549Ses frères et soeurs, restés là-bas, ont établi des liens de confiance avec des producteurs; son frère cueille en nature, un intermédiaire lui fournit les gousses de vanille. Une fois l’an, elle se rend à Montréal pour récupérer l’envoi. Tout arrive  ensaché sous-vide. C’est elle qui se charge du dédouanement, après avoir suivi une formation. Elle est devenue marchande d’épices.

Quand elle rentre de son périple montréalais, elle met ses trésors en pots, en sachets, en tubes. De temps à autre, elle va broyer ses épices à l’Atelier culinaire de Yannick Ouellet, trois rues plus loin. Elle pulvérise la vanille pour en faire une poudre concentrée. Ce qui, je crois, est assez unique ici (mais pas en Europe pour en avoir déjà acheté).

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Les épices de Lara sont offertes en Gaspésie, dans la Beauce, à Québec. L’essence de vanille et les épices  transformées portent le logo de Gaspésie Gourmande. Quand l’hiver sera derrière, elle prendra la route pour présenter elle-même les parfums malgaches aux Gaspésiens et elle ira peut-être jusqu’à Québec.

Nous avons parlé quelques minutes. J’ai refermé sa porte en me disant que Sainte-Anne-des-Monts m’avait une autre fois étonnée et je suis allée faire provision d’épices. http://Lesepicesdelara.liki.com

 


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6 femmes, 6 parcours, un même coeur.

Ça fait une semaine…jour pour jour. À Turin, j’ai eu  le bonheur d’animer le Forum des Femmes de Terra Madre. Deux heures de discussions et d’échanges entre celles qui cultivent la terre et celles qui défendent l’agriculture paysanne, locale, nourricière. Ces six femmes ne s’étaient jamais rencontrées, elles avaient été choisies parmi des milliers de délégués pour témoigner de leur expérience devant un auditorium rempli. J’avais à mes côtés un bel échantillon de la planète, des femmes généreuses, décidées à aider leurs pairs en ouvrant le chemin vers la sécurité alimentaire et l’autonomie. Difficile de résumer et d’animer en même temps! Voici leur portrait et une phrase qui résume une partie de leurs propos, ce jour-là.

Belgica Navea avait voyagé depuis le Chili où elle élève des abeilles et produit du miel en altitude. C’est elle qui a lancé les Marchés de la Terre dans son pays. Elle est venue à l’agriculture grâce à sa détermination. Son père ne voulait pas qu’elle prenne la relève, jugeant son avenir précaire.

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Nous mettons toute notre énergie à produire. Grâce à Slow Food et aux Marchés de la Terre, nous vendons mieux, plus et à meilleur prix. Nos revenus sont stables et le travail des femmes est reconnu.

Helianti Hilman Najib a fondé Javara. Elle  gère cette entreprise sociale qui met en marché 700 produits issus du terroir de l’Indonésie. Son but? Promouvoir la diversité alimentaire, les savoirs indigènes et contribuer au développement rural.

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700 produits, ce sont 700 problèmes! J’ai dû et je dois me montrer ferme et exigeante. Je ne cède rien pour ce qui est de la qualité. Je ne lâche jamais et nous progressons, tout le temps. 

Yablonska Tetyana, néo-fermière, établie depuis bientôt dix ans sur une terre en Ukraine où elle cultive des légumes et gère un élevage de poulets. À l’origine, en 2008, elle voulait mieux nourrir ses enfants.

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Ma grande réussite? C’est de donner du travail à une vingtaine de personnes qui, autrement, seraient restées à la maison sans contact avec la communauté. 

Glenda Abott travaille au sein du projet Wanuskewin Revitalizing Indigenous Agriculture, en Saskatchewan. Elle venait  parler de l’importance de la transmission des savoirs liés aux plantes médicinales et aux aliments traditionnels.

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Nous devons nous réapproprier notre savoir traditionnel. Nous avons nos luttes à mener et nous devons choisir la manière de les mener. 30 000 personnes visitent notre centre chaque année, nous construisons des ponts mais transmettre, c’est plus qu’organiser des ateliers. Il nous faut du temps, il vous faut du temps…

Fayama Massata quittait pour une première fois son Burkina Faso pour venir à Terra Madre. En Afrique, elle cultive légumes et riz. Le riz blanc, qui sert à l’alimentation de tous les jours et le riz rouge, une variété endogène du sud du pays, menacée de disparaître jusqu’à ce que les femmes décident de remettre des sols négligés  en culture. À ses côtés: son interprète Antoine Watara.

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Grâce à notre projet, je peux aujourd’hui acheter du matériel scolaire à mes enfants et leur permettre de rester à l’école. 

Enfin, Agnes Zander Vilaclara, la Catalane. Agnes a repris la  ferme familiale et révolutionné la production: la quantité plus que la qualité, la vente directe sur les marchés, une présence sur le Marché de la Terre de Stiges…une foule d’initiatives menées de front pour que vive l’agriculture locale.

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J’ai  dû m’imposer. Je suis partie à l’étranger en opposition avec mon grand-père. Je suis revenue alors que la ferme péréclitait et j’ai imposé mon idée, pour la survie. Puis, j’ai appris dans ces réunions où je suis souvent la seule femme, à me montrer « désagréable ». À ne pas céder quand je sais que j’ai raison. Il le faut si nous voulons avancer. 

 

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Après ces deux heures, elles ont échangé des cartes, se sont embrassées, plus fières qu’à leur arrivée et convaincues que d’autres partagent leurs valeurs. Moins seules? Sans doute.  Et moi, heureuse d’avoir eu le privilège de les rencontrer, de croiser cette fabuleuse richesse et d’avoir contribué à la mettre en lumière.


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Vinsanto, le Val d’Orcia en verre, sans Sangiovese.

 

imageUne découverte de voyage. Un hasard de village. Nous avons choisi de vivre quelques jours à San Quirico, dans le val d’Orcia, en Toscane. Sienne n’est pas très loin, Rome à 200 kilomètres, le paysage est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans les vignes, on commence la récolte du Merlot et du Cabernet-Sauvignon, le Sangiovese n’a pas fini son mûrissement. C’est lui qui dicte ici le rythme de la vinification, le cépage qui donne le caractère des appellations toscanes.

Nous logeons chez les Piva, à l’agritourismo La Moiana. Ce qui qui nous attire au village au lendemain de notre arrivée, c’est le marché. Peu de surprises, ce sont des revendeurs. Les producteurs sont déjà rentrés dans leurs terres, en même temps que la plupart des touristes. En pénétrant à l’intérieur des murs,  une « cantina » pique notre curiosité. On décharge les raisins blancs sur le côté du bâtiment, en hissant les bacs de plastique à l’étage et l’égrappeuse mécanique ne sert pas. Au pays du Sangiovese, pourquoi des raisins blancs?

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Andrea, le propriétaire de l’Azienda Agricola Sempieri-Del Fa’ répond à quelques-unes de nos questions et nous invite à monter. Nous sommes témoins du premier jour du Vinsanto Orcia, qui ne coulera dans les verres qu’en 2021 et qui peut se conserver des décennies.

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Nous entrons sur la pointe des pieds. En silence, les ouvriers déposent les grappes sur les treillis.  Une à une, délicatement. Après, il leur faut passer chaque jour, pendant trois mois, pour retirer les raisins abimés et laisser les grappes au repos un autre mois. Au début 2017, il sera temps de presser le Trebbiano et de le mettre en barrique de châtaigner. Celles qui durent et durent… La plus ancienne, bientôt centenaire, et se trouvait dans cette exploitation, rachetée par le père d’Andrea en 1958. Il vient de prendre la relève. image
Le « vinsanto » débute sur la paille. Dans ces pièces aérées, où l’alternance des températures encore chaudes en journée et plus fraîches la nuit, les sucres se concentrent, les arômes de fruits se raffinent. Puis, selon les règles toscanes, il devra patienter quatre ans dans les barriques alignées au pourtour de la pièce. Quatre années d’anaérobie et l’interdiction formelle d’y mettre le nez. Quatre années au cours desquelles le vigneron se demande s’il est bon, sans pouvoir obtenir de réponse. Ses arômes tiennent à cet enfermement.
Le Vinsanto d’Orcia, c’est un pari sur le temps, une leçon d’histoire.  Ce sont des notes de fruits confits contenues dans un vin rare qui ne s’achète qu’à la propriété et qui n’est que peu distribué à l’extérieur de l’Italie. Un vrai souvenir de voyage. image


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Acquerello, une histoire de rizière « à la Slow Food »

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Turin, c’est la capitale du Piémont italien; cette zone au pied des montagnes qui annonce les montées, les villages accrochés, les vignobles en terrasse. C’est le Pô, l’eau des Alpes et ce sont d’étonnantes productions agricoles.

Il y a deux ans, Nella m’avait proposé une visite de rizière. Chez un producteur dont la réputation n’est plus à faire. Acquerello vend son riz  aux quatre coins du monde. Jusque chez nous. Dans les épiceries fines et les meilleurs restaurants. C’est le carnaroli des grands rizottos. Un grain qui absorbe petit à petit le liquide dans lequel il cuit, sans jamais fondre tout à fait.

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Grâce à elle, j’ai passé une journée à Livorno Ferraris, près de Vercelli. Sous un soleil de plomb. Une journée marquée par la découverte et l’émotion.

Dans l’histoire du domaine Tenuta Colombara se glissent l’ingéniosité humaine, les luttes des ouvriers agricoles, des ouvrières en particulier. Ces « mondine » qui repiquaient, cueillaient, entretenaient les plantations. Courbées sur les plants, dans l’eau jusqu’aux cuisses, du lever au coucher du soleil. Travailleuses saisonnières d’avant la mécanisation, migrant par centaines pour combler les besoins de main d’oeuvre.

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On a conservé un bâtiment qui abritait un de leurs dortoirs. La ferme d’origine est devenue musée, la grande étable où on ramenait les animaux de trait a été écurée et sert aux belles occasions, ces appartements familiaux où on vivait de la naissance à la mort, quand on était artisan ou employé « à l’année » racontent la vie des familles. On dirait que la salle de classe espère ses élèves. Dans la cour intérieure, on imagine facilement les bruits du quotidien…imprégnés dans les murs et les pavés.

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Les « mondine » vivaient en retrait de l’activité. Elles allaient et venaient, de ferme en ferme,  au fil de la récolte pour gagner un peu d’argent. Mères et filles, cousines, voisines de village; « expatriées » saisonnières. Trop souvent victimes d’un employeur ou de son gérant exerçant un droit de cuissage. On raconte qu’on les enfermait dans le bâtiment qui leur était réservé la nuit venue, pour éviter les fugues.

Au début de leurs révoltes, privées de parole pendant les heures de travail, elles ont commencé à chanter pour se raconter. Ces chants vivent encore aujourd’hui. Il y a dix ans, à Terra Madre, la grande rencontre des gens de la Terre regroupés par Slow Food, leurs voix ont envahi la salle lors de l’inauguration officielle de l’événement. Des voix marquées par l’âge et la vie ont repris,  a capella, ces airs des rizières. On dit d’ailleurs que Bella Ciao vient d’elles et que les paroles ont été changées lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour demeurer un chant de résistance.

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Quand notre guide a ouvert la porte de leur dortoir,  nous nous sommes tus. Sur leurs petits lits: des robes. Aux murs: des miroirs, des images pieuses, des vêtements tendus sur des cordes, comme si elles allaient rentrer se changer. Sur les meubles d’appoint: des objets de toilette et ces romans-photos qui les faisaient rêver d’amour. Lui, le guide, avait choisi de devenir le conservateur de ce musée unique en parlant d’elles et de cette époque avec mesure et délicatesse. Il avait passé son enfance à la ferme.

Et dehors, ces parcelles où pousse toujours le riz. Séparées les unes des autres par un système d’irrigation qui canalise l’eau de la montagne pour la faire circuler d’une propriété à l’autre. Depuis des siècles, sur quelques centaines de kilomètres on ouvre et ferme les vannes au besoin. On dit de la culture du riz, dans la plaine du Pô, qu’elle remonte au XVe siècle.

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Et si la famille Rondolino a revu la production de fond en comble et compris les règles contemporaines de la mise en marché, jusqu’à devenir cette entreprise mondialement reconnue, son engagement envers la valorisation du patrimoine ajoute à la qualité du riz et prouve, encore une fois, que les « grands aliments » sont beaucoup plus que leur simple saveur. Ils sont aussi savoir-faire et histoire. Encore plus chez les producteurs qui savent les raconter avec autant de finesse.

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À visiter: Acquerello, le Domaine Tenuta Colombara

 

 

 


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Turin et Terra Madre

dscn1354Je pars bientôt. Dans quelques heures, je  m’en retourne à Turin où, depuis quelques années, je croise des gens de la Terre. Ceux d’ici, ceux d’ailleurs. Ils ont en commun de résister à la mondialisation en bataillant pour la diversité et l’alimentation telles que prônées par Slow Food,  cette alimentation «éco-gastronomique» qui met de l’avant trois mots: Bon (pour la qualité), Propre (pour le respect de l’environnement) et Juste (pour la dignité avec laquelle on traite ceux et celles qui nous nourrissent).

En allant là-bas, au fil des ans  j’ai rencontré des agriculteurs qui, sur cette si longue route de la soie, réimplantent des cultures qui ont si longtemps été associées au commerce avant de frôler l’extinction;  une pomicultrice russe, émue de me parler de ce chercheur néo-écossais qui venait à leur rencontre pour découvrir des variétés résistantes au froid; Barbara Abdeni Massaad, qui connaît la culture alimentaire de son Liban natal comme personne; des Samis, de Norvège, qui vivent près de leurs rennes à demi-sauvages (ou à demi-domestiqués?); Bineta la Sénégalaise qui fait revivre le «poulet bicyclette»: celui qui s’agite toute la journée autour des cases pour s’alimenter et qu’il faut réapprendre à manger, pour s’affranchir des importations et de la dépendance qui vient avec. J’y ai vu des gens d’ici aussi, débarqués pour promouvoir le sirop d’érable, la sarriette d’Acadie, le saumon sauvage de la Colombie-Britannique.

J’y serai pour toute la durée de l’événement.  Cinq belles et longues journées. Du 22 au 26 septembre. À redécouvrir Turin  dans ses musées et  ses palais mais surtout dans la rue. Parce qu’en 2016, pour célébrer son dixième anniversaire et sa sixième édition, Terra Madre se déploie partout. Jusque dans ses institutions culturelles. On nous prévient déjà, nous  les journalistes, que les déplacements seront particulièrement exigeants. Slow Food souligne donc ses trente ans d’existence et les vingt ans du Salone del Gusto (une impressionnante foire alimentaire des terroirs ), en revoyant de fond en comble l’organisation de sa manifestation.

Cette année encore, les paysans y viendront par milliers, en provenance de 150 pays. Pour prôner la diversité et  faire preuve de leur détermination à résister. À bientôt!dscn1965

 

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Un marché jaune soleil

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Ce petit marché de la Nouvelle-Angleterre en  serait à sa 248e année d’existence.  Il aurait vu le jour sur une base permanente après une courte période au cours de laquelle les marchands ambulants ont écoulé bleuets, coquillages et homards aux portes des maisons.

Après pas mal d’errance, on le trouve aujourd’hui tout près du centre-ville de Portland. Le Portland de l’état du Maine. Cette ville  qui se taille une belle réputation gourmande depuis quelques années. Grâce à ses restaurants, ses bars, ses commerces alimentaires de toutes sortes.

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Les samedis d’été, on peut s’arrêter au parc Deering Oaks où, entre 7 et 13 heures, sont montés une trentaine d’étals; le temps qu’il faut pour écouler la récolte des maraîchers, cidriculteurs, éleveurs et fromagers du coin. Un autre rendez-vous est fixé le mercredi.

IMG_4951Ce «Farmers Market» a tout du petit marché américain «classique». Il est  bordé par quelques tables d’artisans, les résidents de la place font leurs courses en même temps qu’ils viennent aux nouvelles. Tout le monde semble se connaître. On y trouve pas mal de producteurs bio, des relents de l’époque «grano», rien ne presse.  Les chiens des clients comme ceux des vendeurs ne gênent personne.  C’est ce genre de petit marché qui permet de prendre le pouls de cette production agricole qui s’inscrit à la marge des grands courants et qui fait une belle place à la variété et à la diversité. Un petit marché qui, s’il ne mérite pas le voyage, vaut tout de même le détour quand on passe dans le coin.

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Curieusement, ce jour-là, il m’a semblé que tout était jaune…poivrons, courgettes, concombres, tomates, maïs etc. Je me suis donc concentrée sur cette couleur…à moins que, 4 heures après l’ouverture, ne restaient que les légumes jaunes? Il faudrait étudier la question. En attendant, voici quelques images de ce samedi «jaune soleil».

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Paloquemao, le grand marché de Bogota

Quand on aime qu’un marché reflète la culture locale, Paloquemao nous comble. Au centre-ville de Bogota, sur un très grand espace, on brasse des affaires, pour sa consommation personnelle ou la revente.

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Il est à des lieues de ce qu’on voit généralement quand on refait le décor pour accueillir des touristes. À Bogota, vous observez et partagez ce que vivent les Colombiens. DSCN1090

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